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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 08:11
Publié la première fois en 1843, Héva, nom d'une très belle et fascinante jeune femme mariée à un nabab, se déroule en Inde, dans une luxueuse maison isolée, près d'un lac où vont boire les tigres.
Davantage histoire d'amour que récit d'aventure, on y trouve cependant de vils individus qui convoitent Héva et les richesses de son époux, deux chasses aux tigres dont une assez périlleuse et quelques rebondissements ne manquant pas d'attrait.
Si l'Inde décrite a un petit côté "carton pâte", c'est probablement parce que Joseph Méry, qui n'y est jamais allé, l'a surtout imaginée.
 
Bien qu'on le dise excessivement cultivé - plus cultivé que Dumas, ce qui n'est pas peu dire -, ses descriptions sont loin d'être aussi exotiques, sublimes et sauvages que les textes "orientalistes" de Rudyard Kipling ou de Joseph Conrad, par exemple.
 
On se laisse pourtant aller à se promener dans cette jungle quasi hollywoodienne et on prend plaisir à ces envolées romanesques.
Plus que Héva et Mounoussamy, son mari, ce sont deux jeunes hommes, Klerbbs et Gabriel, savants envoyés en Inde pour faire des recherches, que nous suivons tout au long du récit.
 
Il ne faut pas s'y tromper, sous les ors de ces pages, Joseph Méry critique souvent la société occidentale et son colonialisme.
Mais il le fait de manière si "polie" qu'on a l'impression que c'est davantage pour suivre une mode que par conviction.
Dans la préface, signée L.C., il était comparé à Octave Mirbeau, l'auteur de cette préface allant jusqu'à dire "on n'y trouve pas l'exotisme de pacotille que l'on pouvait redouter et qui fleurira à la fin du siècle sous la plume de Mirbeau ou même de Loti, qui a pourtant visité les lieux qu'il évoque."
Mirbeau, n'en déplaise à L.C., est un bien plus grand littérateur, un écrivain dont le talent va bien au-delà d'une simple description exotique. Le jardin des supplices en est la preuve irréfutable.
 
Alors, peu importe que Joseph Méry fut l'instigateur, en France, du roman orientaliste, ralliant ainsi le courant orientaliste pictural, architectural... de cette moitié du 19ème siècle qui touchait l'Europe entière, Joseph Méry a un peu raté son coup : Héva est un "simple" et charmant petit texte qui manque sans doute d'ambition, d'universalité et est, parfois, un peu trop grandiloquent.
 chasse aux tigres
  
Je vous livre ici un extrait : "Un cri de désespoir, un cri surhumain et corrosif comme un tam-tam, un cri impossible à noter, et qui semblait sortir de la poitrine d'un colosse de bronze animé dans un rêve, remplit ces solitudes et leur donna soudainement un caractère inexprimable de désolation. L'Indien avait poussé ce cri : il venait de voir se consommer la trahison dans la fuite des péons ses domestiques; il se trouvait seul avec ses trois coups de feu dans la main, devant une meute de tigres qui tombaient des montagnes en bondissant, comme un torrent animé dont chaque vague aurait eu des yeux de flamme, des dents d'acier et une tempête de rugissements. Kerbbs et Gabriel découvrirent alors le malheureux Indien qui sortait d'un massif d'arbres et poussait vigoureusement son cheval vers des rochers sombres qui fermaient l'horizon comme un rempart."
 
Josehp Méry, Héva, La bibliothèque oubliée, éditions france-empire, 1980.
Illustration : Chasse au tigre, Delacroix, 1854 (Musée d'Orsay, Paris)

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Published by agnès lambert ; romancière, nouvelliste
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