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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 08:31

Je sais que, bien souvent, on associe le patronnat à une sorte de vautour qui se nourrirait et s'engraisserait du travail de ses employés qu'il considère, comme de bien entendu, avec mépris et suffisance. 

Si c'est globalement vrai aujourd'hui (malgré quelques exceptions qu'il ne faut pas nier), cela n'a pas toujours été le cas !

 

Au début du siècle dernier, Aristide Boucicaut (fondateur du Bon Marché qui débuta sa carrière comme simple commis chapelier dans la boutique paternelle, à Bélême, dans l'Orne) et son épouse avaient de leurs employés (et de leur clientèle) une conception toute différente, plus généreuse et finalement assez socialiste, qui, à mon sens, mérite d'être notée :

 bon-marche-2.jpg

 

"A l'extrémité de la rue du Bac, de la rue de Babylone à la rue de Sèvres, où se dresse leur façade monumentale, les Magasins du Bon Marché attirent chaque jour les Parisiennes par milliers.

 

(...)

 

A l'époque où il (Aristide Boucicaut) devint propriétaire du magasin, les commerçants avaient coutume de vendre au détail leurs marchandises le plus cher possible, selon l'occasion et le client. Il voulait que chez lui tous les objets fussent marqués en chiffres connus et vendus à prix fixe. "Le système de vendre tout à petit bénéfice et entièrement de confiance", telle fut la règle tracée par ce négociant qui sut se faire seconder par un personnel d'élite formé avec soin, gouverné paternellement et organisé par une juste hiérarchie, qui subordonne l'avancement aux services rendus et permet à chacun d'accéder aux emplois les plus importants. Des caisses de prévoyance et de retraite assurent à tous un capital et une pension.

 

Aristide Boucicaut a laissé un exemple d'admirable vouloir, d'impeccable prévoyance ; sa femme, qui lui survécut, avait le coeur d'une égale élévation. Son testament, connu dans le monde entier, est justement considéré comme un momument de philanthropie à la fois éclairé et magnifique.

 

Un médecin donne chaque jour ses consultations gratuites. Gratuitement encore sont données des leçons d'escrime et des leçons de langues étrangères. Chaque semaine aussi se tiennent des réunions musicales pour la Choral et l'Harmonie. On sait que l'Harmonie du Bon Marché, qui compte 120 exécutants, est la plus réputée de Paris. Elle a eu pour directeur Paulus, elle est aujourd'hui menée par Wettge ; tous deux furent chefs de la musique de la Garde Républicaine.

 

(...)

 

Ce grand bâtiment contient le logement des jeunes files qui ont chacune une chambre bien aménagée. Elles peuvent se réunir le soir dans un salon à leur disposition pour la musique ou la lecture.

 

Tous les employés sont nourris gratuitement dans la maison et l'on reste stupéfait lorsqu'on pénètre dans les cuisines, où des grils gigantesques rôtissent dans le même temps 600 biftecks, où des appareils énormes reçoivent en une seule fournée 800 kilogrammes de pommes de terre, qui en quelques instants sont transformées en tranches frites, blondes, dorées, savoureuses.

Des marmites à vapeur, construites spécialement pour cet usage, permettent d'obtenir l'ébullition de 800 litres de liquide ; 300 litres de café, et d'un café délicieux, sont fabriqués à la fois.

 

(...)

 

La salle à manger principale, aérée par 80 fenêtres, et d'une longueur de 120 mètres, contient mille couverts et c'est dans cette ruche toujours en mouvement une série de banquets perpétuels, presque fantastiques. Les déjeuners, les dîners, sont servis au personnel qui, du matin jusqu'au soir, vient prendre place à cette table d'hôte. Une salle à manger spéciale est réservée aux jeunes filles.

 

Au total, environ dix mille repas par jour ! Il faut, si l'on veut une comparaison, se reporter aux descriptions d'Homère qui, dans l'Iliade, a conté comment les guerriers rôtissaient des boeufs entiers.

 

Les machines servant à produire de l'électricité sont installées au deuxième sous-sol, car le premier est occupé par les réserves de marchandises. Les bâtiments des magasins comportent un éclairage de 400 lampes à arc voltaïque et de 4000 lampes à incandescence, qui exigent une force motrice de 1200 chevaux-vapeur."

 

Guide illustré du Bon Marché, 1900

 

 

Si vous souhaitez en savoir plus à propos de ce grand magasin parisien situé rive gauche : www.lebonmarche.com/

 

 

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Published by agnès lambert ; romancière, nouvelliste
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