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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 08:05

Un film, un livre, deux atmosphères très différentes traitées de manière assez magistrale.

 

Trance, film policier mené tambour battant qui se situe entre Usual Suspects et Memento et joue avec nos nerfs et notre perception des choses comme il joue avec celle des protagonistes toujours à naviguer entre vérité et mensonges, réalité et hallucinations.

Rien à dire du côté des acteurs, tous très bons. Vincent Cassel en type ambigu plutôt sympathique malgré tout est assez bonnard. Le truc est qu'il fait le doublage de Diego, dans L'âge des glaces, et que sa voix, très reconnaissable, alliée au souvenir du dessin animé peut parfois troubler un peu la vision que j'ai du personnage incarné dans Trance.

Quoiqu'il en soit, c'est un film que je vous conseille d'aller voir.

 

 ***

 

Le Prince de Palagonia, publié au Quai Voltaire, en 1987, est une sorte de fable essayiste sur un aristocrate italien du 18ème siècle qui, entre autres, inspira Goethe.

"Heinrich Heine avait lu Goethe et il éprouvait, lorsqu'il arrivait au passage consacré au prince, le même sentiment de répulsion. Il condamnait ces monstres, ces funestes apparitions, et pourtant comment pouvait-il les rejeter, lui qui avait créé Maximilien, ce personnage dont l'ambition est de parler à une belle femme parvenue au dernier stade d'un mal mortel, laquelle écoute, immobile sur le divan ?"

 

Selon toute vraissemblance ce prince dont la généalogie est aussi riche que complexe était un peu dingue et sa villa sicilienne (construite près de Palerme) en témoigne.

Bien des Européens, et surtout des Allemands, se sont passionnés pour cette demeure et son propriétaire, lui rendant visite et racontant ou peignant ensuite ce qu'ils avaient vu et ressenti.

  

A une époque où baroque et classicisme continuent de s'opposer, le prince s'amusait à faire sculpter des dizaines d'êtres difformes ou hybrides qui peuvent rappeler certaines créatures antiques ou être le fruit d'une imagination hallucinée :

"On y trouvait des hommes de pierre avec cinq yeux sur le front ; une femme à trois seins dont la coiffure rappelait une tête de mouton ; des groupes de petits hommes-grenouilles caparaçonnés au fond d'une fontaine ; des nains monstrueux portant perruque et tricorne, avec des nez, des bosses et des ventres énormes ; des personnages pour un quart hippopotames et trois quarts ânes ; un dragon cornu à deux têtes portant un dragon de moindre taille sur son dos ; un homme accroupi portant sur ses épaules une femme vêtue à l'orientale et bradnissant une corne d'abondance ; un jeune homme nu à la musculature puissante, les épaules et les flancs couverts d'une peau de bête ; un jeune homme nu et gauche coiffé d'une sorte de turban, le pied droit posé sur la croupe d'un animal fantastique et saisissant la queue de celui-ci dans la main gauche ; un être féminin au buste bien fait, semblable à un centaure, dont le tronc était celui d'un animal, d'un cheval ou d'un cerf à longue queue, portant en croupe un personnage nu et emprunté au visage d'enfant, la tête ornée d'un chapeau et tenant dans sa main gauche une des oreilles d'âne dépassant de la tête de la femme-centaure ; un nain assis sur un âne qu'il saisissait par les oreilles ; une tête de dragon à côté d'un être fantastique au tronc humain et aux jambes courtes comme celles d'un enfant, doté d'une bouche énorme et d'oreilles humaines grossières, avec des ailes stylisées qui lui servaient de bras..."

 

Quelques psychiatres de renom (Max Fischer, entre autres) se sont penchés sur son cas, sans jamais réussir à poser un diagnostic car, d'une part le Prince étant secret, visiblement assez caustique et peu enclin à donner des explications sur son goût pour les monstres, n'a jamais laissé de courrier ou de document relatant ses fantasmes et parce que, d'autre part, les psychiatres en question se sont saisis du dossier bien longtemps après le décès de celui-ci.

 palagonia.jpg

 

Ce livre est composé de plusieurs parties : la première s'attache à parler de ce palais dans la littérature romantique et gothique mais également retrace la manière dont il a inspiré certains peintres ou aquarelistes, tel que Jean Houel.

 

Dans cette première partie, Giovanni Macchia évoque également d'autres palais bizarres, surprenants ou/et fantastiques. Il semble évident que le prince de Palagonia n'était pas le seul aristocrate excentrique du 18ème siècle.

"Les jeux de miroirs ne pouvaient être rapprochés des folies comme dans d'autres demeures fantastiques du XVIIIè siècle. Sans doute cachaient-ils quelque chose de plus complexe : un joyeux sadisme à tendance pédagogique : les apparences cachent la vérité, souvent douloureuse, des choses ; la beauté n'est qu'un ornement. Qu'y a-t-il derrière la beauté d'une femme ? Il suffisait de regarder le buste de marbre grandeurs nature que le prince avait disposé dans l'un de ses salons pour s'en faire une idée. De face c'était une tête de femme magnifiquement coiffée ; de dos ce n'est n'était qu'une horrible tête de mort. L'envers des choses, à la différence des autres demeures baroques, ne se limitait pas aux objets de culte. C'était un divertissement cruel et mondain transposé dans la vie quotidienne. Cette forme de sadisme exaltée de manière emphatique et théâtrale dans la chapelle du palais, que ce génie extravagant avait décorée avec le même soin que les autres salles."

 salle des miroirs

(salle des miroirs)

 

La seconde partie donne la parole aux psychiatres qui, malgré leurs multiples recherches et ainsi que je l'ai déjà dit, n'ont pas réussi à cerner la personnalité du prince ni à savoir exactement de quelle maladie il souffrait.

 

Enfin la troisième est un dialogue imaginé entre le prince et un visiteur. Un dialogue qui permet à l'auteur de donner sa version du prince en le faisant parler comme s'il avait lui-même assisté à cette rencontre.

En voici un extrait qui donne la parole au prince :

"Michel-Ange était attiré par le monstrueux, c'est indéniable. Pourtant, signe d'une timide acceptation, il a seulement permis à l'artiste de modifier les membres de quelques animaux mythologiques, de doter le griffon d'une queue de dauphin, de représenter d'autres animaux avec des ailes au lieu de pattes, si cela leur convenait mieux, ou avec les attributs du lion, du cheval ou de l'oiseau. Cependant, où peut-on voir ces images ? Dans les fresques de la Création ? Non, seulement sur les murs de quelques édifices, car ce qu'il appelait chimère était destiné à reposer les sens, à flatter l'oeil des mortels qui désirent souvent voir ce qu'ils n'ont jamais vu et qui ne peut exister. Il percevait la grandeur du monstrueux - révélation de ce que l'oeil n'a jamais contemplé - mais ne l'acceptait qu'avec une étrange timidité."

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by agnès lambert ; romancière, nouvelliste
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