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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 17:33
De Koufra à Dachau, de l'ebook à la version papier

Voilà enfin paru, en format papier, De Koufra à Dachau, l'épopée de la 2ème DB.

Suivi d'un historique de la 2ème DB, ce livre d'une centaine de pages, est un récit plutôt exhaustif de l'épopée du Général Leclerc et de ses hommes, depuis le désert lybien jusqu'au camp de concentration de Dachau, où son auteur,fut l'un des premiers Français à entrer. 

A la fois fois lyrique et très détaillé, comportant plusieurs anecdotes souvent très émouvantes, il a été vraisemblablement été écrit par un officier et un proche du Général Leclerc.

Je tiens à préciser que j'ai recopié le texte découvert dans les affaires de mon père, ancien chef de char en 44, sans rien modifier. Il s'agit certainement d'un premier jet d'écriture, peut-être dans le but d'écrire soit un livre soit un scénario. Vous constaterez donc quelques imperfections syntaxiques, imperfections qui rendent peut-être ce récit encore plus poignant qu'il ne l'aurait été, sans ce sentiment d'avoir été rédigé dans le feu de l'action.

 

 

Voici deux extraits, pris au hasard dans le livre :

 

"Après la victoire de Koufra, la saison des pluies vint interrompre pour plus de 8 mois les opérations proprement dites. Les forces du Tchad vont se livrer pendant cette période de l'organisation des arrières, à l'aménagement des bases de ravitaillement, à la mise en place des dépôts.

Au printemps 42 commencent les seconds raids, ils ont pour objectif le Fezzan.

Cette campagne sera menée par une succession de coups de mains audacieux. Ainsi le 28 février – épisode entre tant d'autres – le Lieutenant Dubut, accompagné de 2 caporaux et d'un partisan, pénètre dans le poste ennemi de Gatroun, à 500kms au nord de Zouar, matraque la sentinelle, fait prisonniers 3 Italiens, 12 Ascaris  prend 45 chameaux et 2 mitrailleuses. Le Lieutenant Dubut devenu Capitaine sera tué en Lorraine en octobre 1944.

Dans tout le Fezzan, des points situés parfois à 500kms les uns des autres tombent en 48 heures sous le contrôle français : Tedjere, Tmessa, Una-el-Aranes.

Les Français frappent partout à la fois. Les garnisons italiennes surprises sont terrorisées. La radio ennemie lance ordres et contre-ordres. Leurs avions dont les dépôts d'essence brûlent ne peuvent décoller. La panique totale est semée jusque dans les derniers postes de l'ennemi et tout le système défensif de Fezzan s'écroule."

 

****

 

"Le soir même, un motocycliste de Q.G. de la Division nous apporte l'ordre suivant « Mouvement immédiat sur l'Allemagne ».

En 24 heures, oubliant la fatigue et la chaleur, oubliant la poussière et nos prisonniers allemands qui ne nous intéressent plus, les régiments se regroupent, foncent une fois de plus sur les routes – Nancy, Sarreguemines – traversant la Sarre, Kaiserslautern en ruines puis le Rhin entre Mannheim et Karlsruhe, filent à toute allure sur les routes allemandes près de Stuggart, près de Ulm, puis au sud de Munich. Jour et nuit dans une charge impitoyable, ne ménageant ni le matériel ni nos forces, nous avançons toujours. Il s'agit avant tout d'être présent au plus intense de la débâcle allemande. Il s'agit de poursuivre au plus près de la montagne bavaroise, refuge naturel, les dernières unités organisées.

L'affaissement général s'accentue. Les civils depuis longtemps sans réaction et qui pavoisent dans leurs villages de drapeaux blancs sont maintenant noyés dans la migration de leur armée. Celle-ci capitule sur place par paquets ou bien, incroyable mesure d'une administration qui croit au papier et au tampon se démobilise d'elle-même, renvoie ses hommes chez eux avec un certificat de bonne conduite.

Nous cueillons un nombre croissant de personnages importants : Généraux, Ministres, certains du proche entourage de Goering et qui, au cours d'interrogatoires désabusés, lèvent un coin du voile sur l'avant dernier acte de la tragédie de Berchtesgaden.

Nous apprenons que, le 22 avril, s'est tenu là-bas, le dernier grand conseil des Nazis, celui qui a décidé et annoncé au monde qu'Hitler subirait le sort de Berlin.

ce qui reste des pontons du débarquement

ce qui reste des pontons du débarquement

De Koufra à Dachau, de l'ebook à la version papier
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Published by Agnès Lambert ; romancière, nouvelliste - dans 2ème DB général Leclerc guerre Dachau nazis histoire littérature
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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 15:16
La France des patriotes - récits de guerre - 2ème DB // De Koufra à Dachau

 

Mon père s'était engagé à 20 ans dans la 2ème DB. Il est monté jusqu'à Berchtesgaden - la citadelle d'Hitler -.

Il est rentré en France "au volant" d'un char panzer qui est longtemps resté dans la Cour d'Honneur des Invalides à Paris.

Ensuite il s'est offert quelques mois d'Indochine, histoire d'aller défendre une certaine idée de la France.

C'était un farouche gaulliste qui avait une estime sans borne pour le Général Leclerc.

Pendant son périple  "seconde guerre mondiale", il a été le chauffeur de Ike, Patton et Leclerc ; il a aussi conduit Marlène Dietrich auprès de Gabin dans une Allemagne en déroute.

 

J'ai retrouvé dans ses papiers un gros carton rempli de documents d'époque.

Certains écrits par Roland Dorgelès, écrivain et journaliste français, membre de l'Académie Goncourt.

D'autres sont de Claude Farrère, écrivain et combattant de la 2ème DB, et membre de l'Académie française.

Il y a également un "Salut au Général Leclerc" signé Cocteau ainsi qu'une présentation des jeunes à l'Etendard, signé manuscritement du Lieutenant-Colonel Rouvillois.

Bien sûr, ces documents représentant plusieurs dizaines de pages, je ne vais pas pouvoir tous les retranscrire sur ce blog.

 

Je tiens à préciser que je suis restée fidèle aux textes originels, me contentant de les recopier scrupuleusement. Les mots en italique sont là pour préciser le lieu des combats (Lybie, Normandie, Paris, l'Alsace, l'Allemagne) ou, dans le cas de Dachau, pour préciser le lieu tout court.

 

Sont aussi cités Hitler, Himmler, Jodl, Goering, Goebels... puisque ils font également partie de cette histoire...

 

Bonne lecture !

 

 

 

 

Histoire du 12ème Régiment de Cuirassiers, écrit le 8 mai 1945 par un lieutenant dont je n'ai pas réussi à lire le patronyme.

 

"Le 12ème Régiment de Cuirassiers qui s'est successivement appelé « DAUPHIN-CAVALERIE », 12ème de Cavalerie, 12ème Cuirassiers, Cuirassiers de la Garde Impériale, 12ème Cuirassiers, a été créé le 24 mars 1668 par ordonnance royale.

 

Son maître de camp était naturellement le Dauphin de France.

 

(...)

 

Le 12ème Régiment de Cuirassiers participe aux prestigieuses batailles de l'Empire dans le cadre de la Réserve de la Cavalerie, commandée par Murat. Il éperonne le prince Ferdinand jusqu'à Nordlingen, pousse au galop sur Vienne et y entre le 13 novembre 1805. Le 22 décembre l'Empereur le passe en revue, avec toute la division, dans la région de Laxembourg-Vollendorf.

 

A Friedland, après avoir étonné l'ennemi par leur audace et joué un rôle glorieux dans la bataille, les Cuirassiers sont récompensés en la personne de leur Colonel qui est en fait Officier de la Légion d'Honneur et Baron d'Empire.

 

Les batailles et les victoires se succèdent : Eckmühl, Ratisbonne, Essling, Wagram.

 

Solidaires de la Cavalerie Impériale, ils sont en Russie : à Krasnoe et à Smolensk, à Moscou même qu'ils atteignent le 14 septembre 1812 avec la division Valence.

 

(...)

 

Toujours présent aux moments critiques, il est reformé le 1er janvier 1940 comme régiment de découverte de la 3ème D.L.M.

En mai, il se bat en Belgique et dans les Flandres. Une citation vient récompenser sa bravoure : « … Grâce à la formation d'un personnel d'élite et malgré de lourdes pertes a su conserver un moral élevé et une ardeur combative magnifique. »

 

Il passe en Angleterre, débarque à Cherbourg, se lance sur Evreux et Louviers, monte la garde à l'avant, à l'arrière et sur les flancs de la division avec une audacieuse mobilité. Le 21 juin, la patrouille Keller, composée de 2 auto-mitrailleuses, n'hésite à se lancer sur une colonne motorisée allemande, forte d'un bataillon, qui se dirige vers Thouars. Les auto-mitrailleuses se ruent sur l'adversaire à une vitesse endiablée, faisant feu de toutes leurs armes. Leur course s'achève en queue de la colonne ennemie, les 2 auto-mitrailleuses sont en flammes mais plus de 200 Allemands sont hors de combat.

 

Jusqu'au dernier jour de la bataille perdue en 1940, le 12ème Cuirassiers sera à la recherche des combats. Le 22 juin il est en point d'appui à Bressuire et Boussais. Le 23 il à Luxe. Le 24 il atteint Chalais, gardant toujours la division chargée de couvrir le repli de l'Armée de Paris.
Quand l'ordre de cesser le feu arrive, il vient de faire sauter la voie ferrée Bordeaux-Paris.


Maintenant, après l'armistice, fougueux, mort à Orange, le 12èe Cuirassiers ressuscitera au Maroc.

 

Ayant abandonné ses chevaux, sa piétaille, ses auto-mitrailleuses, son Etendard va de nouveau flotter très haut dans le fracas grandiose des escadrons de chars."

 

 

***

 

L'EPOPEE LECLERC, par Claude Farrère

 

 

Voici une poignée d'hommes, perdus au centre de la pire Afrique, entre ces fleuves à crocodiles, l'Oubanghi, le Chari. Des ordres formels leur prescrivent de se soumettre, – de ses rendre – sans avoir combattu. Et certes il n'y a pas de pire honte. Mais que faire, et comment combattre ? On ne voit point d'ennemi. L'ennemi est loin, loin. Et ces hommes, qui passionnément désirent a bataille sont hors de portée de tout. Le plus proche adversaire et au bord de la Méditerranée, laquelle gît à quelque cinq cent lieues au nord du lac Tchad.

Et, eux mêmes sont à trois ou quatre cents lieues plus au sud, à toucher l’Équateur. Point d'approvisionnements. Peu de munitions. A peine des armes. Ajoutez à cela que ces hommes perdus sont proscrits. Leur combat, s'ils y parviennent jamais, sera taxé de rébellion, passible de mort. En vérité, que décider ? À quoi se résoudre ?

 

Abandonner ? Renoncer ? Accepter la honte ? Hélas ! Tant d'autres, avant eux, ont déjà déposé les armes, qui pourtant, devant la mitraille, n'auraient pas reculé, se seraient battus à mort...

 

Mais ceux-ci, plus heureux ont un chef.

 

Celui-ci porte un nom que ses ancêtres ont fait glorieux. Il s'appelle Hautecloque.

Mais, dans cet instant qu'il s'apprête à désobéir à la lettre de ses ordres pour obéir à leur esprit, il songe que l'adversaire est un barbare sinistre, et que, sitôt sa noble désobéissance connue et publiée, tout ce qui porte le nom de Hautecloque risque d'être honni, poursuivi, traqué, mis à mort. Alors, noblement, il change de nom. Il renonce à la gloire de ses aïeux, quitte à s'en faire un autre.

 

Et désormais il s’appellera Leclerc.

 

De toutes les parties d'Europe – de France –, de Norvège même, des volontaires viendront se joindre à lui : des hommes blancs et noirs de provenance si diverses : soldats, planteurs, commerçants, missionnaires, jeunes gens échappés de France dans des aventures fantastiques – se groupent sous le regard de ce chef, animés d'une même volonté, d'une même foi, animés d'une même mystique : vaincre.

 

Immédiatement la colonne Leclerc s'organise et sans perdre de temps, tandis que se forme cette armée moderne qui devait porter le nom de Force L., le colonel Leclerc entreprend avec des moyens réduits 2 raids sahariens qui resteront à jamais célèbres dans l'histoire de notre Empire.

 

Leclerc sait que l'action et l'action immédiate s'impose aussi bien vis à vis de l'ennemi que de nous-mêmes. Il lui faut un objectif à la fois représentatif et accessible. La décision s'arrêtera sur Koufra.

 

L'oasis de Koufra est un ensemble de points d'eau situés en plein centre du désert lybique. De quelques côtes que l'on veuille l'aborder, il faut traverser plus de 500kms de désert d'une aridité et d'une sécheresse totales. Koufra, orgueil africain de l'Italie par son aérodrome et son poste radio goniométrique et ses possessions d'Afrique Orientale.

 

Les forces françaises qui se préparaient à attaquer Koufra stationnaient à 1600kms du but. La difficulté consistait à mener la colonne de combat au contact de l'ennemi en dépit des distances à franchir sans eau par terrain épouvantable. Dotée d'un matériel réduit de réquisition civile – adaptée pur le mieux en vue du grand raid par l’ingéniosité de nos mécaniciens – dotés d'un ravitaillement déficient, la colonne s'organise. Les participants sont nécessairement peu nombreux, ils ont été choisis un à un : 75 Français et 300 indigènes y compris les échelons de transports et de services.

 

75 Français décidés, animés d'un idéal élevé, d'un désintéressement total, désespérément accrochés à cet enthousiasme, à cette espérance sans lesquels on ne fait rien de grand, rien de noble.

 

75 Français qui veulent servir la France affrontent le désert.
Quel puissant et grandiose exemple de courage et de modestie.

 

La colonne quitte Faya à 1000kms de Fort Lany fin janvier 1941. Pas question de routes ni de pistes. Le compas seul montre le chemin. Elle s'avance lentement, difficilement. Le 5 février l'aviation bombarde Koufra. Le Colonel Leclerc envoie une colonne de 60 hommes et 22 véhicules qui a toute vitesse, et c'était là notre première charge, arrive en 48 heures à proximité de la ville.
Notre dispositif assiégeant le fort comprend essentiellement une pièce de 75 de montagne qui ouvre son tir à une distance de 3500 mètres.

 

Pendant 10 jours, le 75 va harceler la garnison du fort et enregistre quelques coups heureux : 3 obus dans la salle à manger des officiers – 2 coups dans le poste radio.

 

Le 25 février, le pavillon italien qui flottait sans cesse au-dessus de la forteresse est abattu par un de nos obus. Il ne sera jamais relevé.

 

Le 1er mars dans la matinée, notre observateur d'artillerie cherchant à régler son 1er tir, aperçoit le drapeau blanc. Un officier italien vient parlementer avec le Colonel Leclerc cherchant manifestement à gagner du temps. La discussion est difficile. Le Colonel propose alors à l'officier italien de le raccompagner et le fait monter en voiture. Lorsqu'il arrive devant le fort, l'Italien veut prendre congé. Leclerc ne lui répond pas et pénètre froidement sous la voûte d'entrée, d'un ton sans réplique il commande qu'on rassemble immédiatement tous les officiers du poste. Surpris par une telle audace, l'ennemi obéit et lorsque les premiers éléments de la colonne arrivent, forts inquiets de la disparition du Colonel, ils trouveront celui-ci qui semonce vertement une brochette d'officiers italiens au garde à vous.

 

Quelques minutes plus tard, le pavillon tricolore à croix de Lorraine était hissé sur le mat du fort de Koufra.

 

Le Capitaine Colona qui commandait les Italiens fut invité à la table du Général Leclerc, il ne peut retenir ce cri du cœur : « Ah, enfin aujourd'hui et pour une fois, je vais pouvoir déjeuner tranquillement »

 

Le drapeau français flotte encore aujourd'hui sur Koufra. On ne peut se rappeler sans sourire les paroles de Mussolini : « Koufra est le symbole de la puissance africaine d'Italie ».
Dans l'émotion de cette première victoire de la France combattante, le Colonel Leclerc et ses hommes ont, au cours d'une prise d'Armes, fait le serment qui restera pour l'histoire le serment de Koufra : Ramener le drapeau français a Metz et à Strasbourg.

 

Après la victoire de Koufra, la saison des pluies vint interrompre pour plus de 8 mois les opérations proprement dites. Les forces du Tchad vont se livrer pendant cette période de l'organisation des arrières, à l'aménagement des bases de ravitaillement, à la mise en place des dépôts.

 

Au printemps 42 commencent les seconds raids, ils ont pour objectif le Fezzan.

 

Cette campagne sera menée par une succession de coups de mains audacieux. Ainsi le 28 février – épisode entre tant d'autres – le Lieutenant Dubut, accompagné de 2 caporaux et d'un partisan, pénètre dans le poste ennemi de Gatroun, à 500kms au nord de Zouar, matraque la sentinelle, fait prisonniers 3 Italiens, 12 Ascaris prend 45 chameaux et 2 mitrailleuses. Le Lieutenant Dubut devenu Capitaine sera tué en Lorraine en octobre 1944.

 

Dans tout le Fezzan, des points situés parfois à 500kms les uns des autres tombent en 48 heures sous le contrôle français : Tedjere, Tmessa, Una-el-Aranes.

 

Les Français frappent partout à la fois. Les garnisons italiennes surprises sont terrorisées. La radio ennemie lance ordres et contre-ordres. Leurs avions dont les dépôts d'essence brûlent ne peuvent décoller. La panique totale est semée jusque dans les derniers postes de l'ennemi et tout le système défensif de Fezzan s'écroule.

 

Au début de décembre 42, le Colonel Leclerc promu Général de Brigade est cité à l'ordre de l'Armée avec le motif suivant : « Vient de prouver que l'ennemi n'en a pas fini avec la Résistance française ».

 

(...)

 

 

La colonne Leclerc regagne la Tunisie, puis l'Algérie. En 1943, elle s'installe entre Rabat et Casablanca.

 

Le Général songe alors à organiser sa colonne en division homogène, instruite, équipée, dotée d'un matériel moderne.

 

Il constitue une division formée d'un Régiment de reconnaissance, de 3 Régiments de chars, de 3 bataillons d'Infanterie, de 3 Régiments d'Artillerie, de Régiments de Génie, d'Artillerie auto-tractée, de Compagnie de transports et de services, tous articulés en 4 groupements tactiques, élements de combat souples et rapides.

 

Le recrutement du personnel s'intensifie. Le corps franc d'Afrique, les mobilisés, les évadés de France par l'Espagne viennent se joindre à nous. Nous recevons du matériel américain.

 

Les grandes manœuvres se multiplient dans les cailloux marocains pendant que nous menons dans la forêt de Témara une vie de nomades et de campeurs.

 

Les inspections se succèdent : Généraux français, américains et russes viennent se rendre compte de notre degré d'instruction et de notre ardeur.

 

Si toutefois aucun d'eux n'est déçu, c'est nous qui commençons à le devenir en voyant se succéder ces généraux sans qu'une décision n'intervienne, sans que ne nous soit fait cette promesse formelle : Vous serez là-bas. Et déjà dans les premières semaines de 44, nous croyons au débarquement sans notre présence. L'avance des troupes françaises en Italie nous laisse peu d'espoir de participer au débarquement. Chacun d'entre nous cherche à se renseigner, essayant d'entrevoir la décision du commandement dans la bonne ou la mauvaise humeur du Général.

 

Pourtant un jour d'avril, le Général de Gaulle vient inspecter toute la Division, se fait présenter les officiers et nous demandent d'utiliser au maximum les quelques semaines qui nous restent pour parfaire notre instruction, il nous annonce que nous serons les premières troupes qui débarquent en France : « La lutte sera longue, nous dit-il, je compte sur vous ».

 

Sous la conduite d'un chef tel que le nôtre, le Général de Gaulle pouvait compter sur nous.

 

Fin avril, nous embarquons à Casablanca et en Oranie. 13 jours de traversée sur ces bateaux à fond plat dont nous avons tous conservé un très mauvais souvenir, sinon peut-être, celui de la chaude hospitalité des officiers de marine anglais.

 

13 jours de grosse mer, au cours desquels la dignité de nos officiers supérieurs fut quelque peu compromise : tous n'avaient pas le pied marin

 

La Division comprenait plusieurs convois de 60 à 70 bateaux escortés de porte avions, de sous-marins et de chasseurs de sous-marins, de vedettes et d'escorteurs dont la masse nous donnait une impression de sécurité totale.

 

La radio ennemie dans ses communiqués avait déjà englouti au fond des flots les deux tiers de la division. Il n'en est rien. Aux premières heures d'un jour de mai nous débarquons sur les cotes de Cornouailles. L’Angleterre nous fait fête. Drapeaux français et alliés flottent aux fenêtres.

 

Nous traversons le Pays de Galles puis les centres industriels de Birmingham, de Sheffield et nous nous installons dans le Yorkshire entre Hull et les plateaux des Hauts de Hurlevent.

 

L'accueil que nous avons reçu là-bas, aucun des 16000 hommes de la Division Leclerc ne pourra jamais l'oublier. Nous avons appris à connaître ce peuple dans son patriotisme, dans son courage, dans sa résignation.

 

Avec une simplicité souriante, courageuse et pleine d'espérance quand même, les Anglais ont subi les terribles bombardements et incendies en 40, 41 et 42. Nous avons vu Londres, Sheffield et Birmingham en ruines et rases. Nous avons vu Londres après l'incendie de la Cité, puis plus tard objectif facile des V1 et des V2.

 

Nous avons vécu au milieu de ce peuple admirable qui pendant des années à su accepter une discipline de tous les instants, sans que jamais une autre force n'intervint que celle de leur croyance en la victoire.

 

Nous avons participé à toutes les fêtes locales. Dans chaque famille anglaise ou le prestige de la France, malgré la défaite et les heures sombres de la collaboration, était toujours aussi vivace, la meilleure chambre nous était offerte à chaque week-end.

 

le débarquement

 

Et le 1er août 1944, la Division s'embarquait de Southampton, de Portsmouth et de tous les ports du sud à destination des plages de Normandie.

 

Nuit inoubliable et émouvante ! Sous un clair de lune féerique nous avions longuement cherché à discerner une ligne sombre qui devait être la France.

 

Puis au milieu d'un amoncellement de bateaux, de docks flottants, de réservoirs de carburant, de pipelines et d’aérodromes en construction, nos bateaux venaient se coller au rivage de sable fin sur la côte du Cotentin, en face de Sainte Mère l’Église, pour y vomir leurs véhicules.

 


Dans cette atmosphère que Jules Verne et Wells avaient déjà imaginé, nous allions reprendre contact avec la France, après tant d'années d'exil, d'attente et d'espérance.

Nous allions coucher sur cette terre de France pour laquelle tant des nôtres devaient, quelques jours plus tard, donner le meilleur d'eux-mêmes dans un élan magnifique de générosité, de bravoure et d'héroïsme simple et souriant.

 

À peine avions nous le temps de traverser ces villages déserts, les décombres et les vergers où le bétail égaré errait au milieu des ruines, que le 8 août, la division était lâchée plein large sur les routes de France.

 

D'Avranches vers Le Mans, ses 4.000 véhicules vont y faire d'une seule traite 200 Kms.

 

Leur itinéraire n'est pas la ligne droite, ils marchent d'abord plein sud, puis débordant Laval où l'ennemi tient encore, ils vont s'infiltrer vers la Sarthe.

 

(...)

 

Quelques heures plus tard, la division entre dans Alençon pavoisée.

 

L'étau se referme, plus au nord, Carrouges, Ecouche tombent.

 

Les blindés américains nous dépassent. La liaison est stable avec les éléments britanniques descendant au nord. La mission de la division est terminée.

 

Nous étions disponibles pour d'autres batailles.

 

Nous étions disponibles pour la bataille de France.

 

 

Libération de Paris

 

 

Paris ; pour nos alliés, objectif impersonnel et difficile émiettant les colonnes dans les dédales interminables de ses banlieues, déversant sur leurs pas les torrents inconnus de sa population :

 

Paris, pour la première étape, aussi nécessaire dans la chaîne de nos efforts que tous nos gestes passés, mais dépassant infiniment l'un quelconque de ces gestes ; l'étape qui devait sceller tous, les rendre en bloc à notre pays.

 

Plus encore, nous menant au cœur de ce soulèvement de toute la France, au nom duquel tant de silhouettes décidées étaient déjà venues à notre rencontre au détour des chemins ; l'étape qui devait nous ressouder à notre propre peuple par le cyclone de la libération.

 

Car, depuis le 19 août, nous le savons, Paris fermente et s'allume.

 

Le Général a pris seul la décision le 21 d'envoyer aussi loin que possible une antenne formée d'éléments de reconnaissance qui prendra un contact étroit avec tout ce qui se passe, qui poussera dans Paris même, si faire se peut, qui verra avec nos yeux et qui renseignera.

 

L'insurrection de la capitale, si profonde dans ses racines, ne peut s'épanouir et gagner sa pleine liberté que si elle est immédiatement étayée par l'armée.

 

Le 22 août, tard dans la soirée, après quelques discussions difficiles dans les États-majors américains, le Général rentre à son P.C. en Normandie.

 

Avant même que sa jeep soit arrêtée, il crie les premiers ordres « Mouvement immédiat sur Paris ».

 

Il fait nuit. Les tentes se rallument sur es machines à écrire. Les voitures et le téléphone en réveillent. Les bagages se plient. En 10 secondes, il ne reste plus rien du P.C. de Normandie.

 

(...)

 

 

Le 24 août, de durs combats se livrent dans la banlieue et aux portes de la capitale.

 

La défense allemande est solide et fortement appuyée de 88. Et pourtant, partout, la foule nous fait fête. L'ambiance tient autant du combat que de la fête foraine. Des fleurs jonchent le sole et couvrent les chars. Des grappes humaines un instant dispersées par l'artillerie ennemie s'accrochent à nos véhicules. Les combattants sont couverts de poussière et de rouge à lèvres.

 

Des émissaires de toute sorte nous arrivent : jeunes filles aux grands yeux décidés soucieuses avant tout de leurs messages. Garçons robuste ou fluets pareillement certains de déjouer n'importe quel obstacle, 2 sapeurs pompiers solides et sûrs que leur Colonel a dépêché à notre rencontre.

 

S'ajoute à tout cela, nous découvrons avec surprise le téléphone.
Des messages nous parviennent du centre de la capitale, nous suppliant de faire vite. Le combat entre les F.F.I. et la garnison allemande est par trop inégal. Dans l'après-midi, le Général fait lancer dans la cour de la préfecture par un de nos avions de liaison un message enjoignant les Parisiens de tenir quelques heures. En même temps il signifie par écrit au Gouverneur allemand qu'il le rend personnellement responsable de toute atteinte aux mouvements de Paris quels qu'ils fussent. Ce message est confié à un civil volontaire et à l'adjudant-chef du char du Général qui a réclamé cette mission. Le message hélas ne parviendra pas, tous deux trouveront la mort au cours de cette liaison hasardeuse dont l'objet méritait à leurs yeux tous les sacrifices personnels.

 

 

Le 25 août, les colonnes de la Division se démultiplient : les portes de Paris, les gares, l’Étoile, la Chambre des députés, l’École Militaire, le Ministère des Affaires Étrangères difficilement incendié par nos soins pour en déloger quelques fanatiques et que les pompiers de Paris tiennent absolument à sauver des flammes, malgré les ordres du Colonelle commandant l'attaque, tombent à leur tour.
L'un de nos officiers, qui trois heures avant avait annoncé par téléphone son arrivée à sa famille, est tué d'une balle dans la tête, à quelques pas de chez lui.

 

Le Général Leclerc envoie un ultimatum du Gouverneur militaire allemande. Cet ultimatum qui doit être appuyé d'une action efficace au P.C. de l'Hôtel Meurice est accepté à 15 H.

 

La capitulation est mise en œuvre par des liaisons allemandes et françaises, elle ne sera effective que dans la soirée.

 

L'un de nos camarades envoyé comme parlementaire à la porte de Vincennes, se retrouvera les yeux bandés au Q.G. allemand de Metz après avoir été emmené dans la Somme. Sa qualité de parlementaire ne lui sera reconnue qu'après une semaine de vérification de son identité et de sa mission.

 

Pendant ce temps, le Général de Gaulle, qui depuis 24 H s'impatiente à Rambouillet, s'installe à Paris, au P.C. du Général Leclerc, qui lui rend compte de sa mission. « Vous avez de la chance » répond le Général en lui serrant affectueusement la main.

 

Vers l'Est

 

Au début de la 2ème semaine de septembre, la Division qui pendant 10 jours à Paris a été fêtée, acclamée et gâtée, nous devions devenir filleul de Paris, se regrouper dans les vallonnements coupés de bois touffus de Bar sur Aube et dans le pays de Clairvaux.

 

Nous recevons une mission de couverture sur la Marne, pendant que d'autres éléments poussent sur Contrexeville et Vittel.

 

Le P.C. de la Division s'installait le 12 septembre à quelques kilomètres de la Ville d'eau, quand en fin d'après-midi, un message inconnu nous signalait un déplacement important de chars et d'infanterie vers Darney, c'est-à-dire vers notre flanc sud-est.

 

Ce fait se trouve confirmé par la capture de quelques éléments boches occupés à flécher un itinéraire pour une division blindée allemande. Effectivement, toute la nuit nous entendons un bruit de chars. Il semble qu'il y en ait beaucoup et du lourd.

 

À l'aube du 13 septembre, nous attaquons, avant de laisser à l'ennemi le temps de s'organiser.

 

Aidés par l'aviation américaine que par radio nous réussissons à mener sur l'objectif, en une journée de bataille nous détruisons 32 chars allemands entre Darney et Dompaire.

 

Magnifique fait d'armes auquel n'était pas étranger l'un de nos plus brillants officiers qui devait se faire tuer devant Royan 6 mois plus tard : le Chef d'escadron Jean-Marie de Person. Il occupait à l'époque la fonction d'Officier Air Support, charge de la liaison entre l’État-major de la Division et les groupes de bombardiers en pique de l'armée américaine. C'est par son calme et son audace tranquilles, son sang froid exemplaire qu'il a pu en quelques heures annihiler une contre-attaque allemande d'envergure.
J'ai voulu rendre hommage à la mémoire de cet officier, en l'associant à toux deux qui, dans l'ombre, chargés des missions les plus obscures et souvent les plus difficiles et pour qui la gloire ne payait pas, ont su, comme les combattants de l'infanterie et des chars, être avec simplicité des héros.

 

 

Quelques jours plus tard, la Division traverse la Moselle, puis la Meurthe, sous un bombardement d'artillerie dont l'opportunité n'est pas précisément goûtée par nos pontonniers du génie qui parviennent cependant à réaliser en quelques heures des ponts solides et indispensables.

 

Puis nous traversons la Vezouve et pendant un mois, du 24 septembre au 30 octobre, nous allons prendre pied dans la terre grasse de Lorraine, dans la boue, dans le froid et sous une pluie qui ne cessera jamais : guerre de position, embuscades et patrouilles sous un feu d'artillerie ennemi meurtrier et tenace.

 

Ces 4 semaines sont indispensables pour regrouper les arrières américaines. Le moral baisse. Quand en sortirons nous ? Le Général s'en rend compte. Il nous offre un intermède : Baccarat.

 

De nombreux isolés traversent chaque jour les lignes ennemies pour nous renseigner sur les mouvements de la troupe. Une jeune fille, Marcelle Cuny, qui pendant trois mois, chez elle, à Baccarat, avait caché deux aviateurs anglais, prend avec eux le chemin des lignes. Pour avoir une contenance à la sortie des faubourgs, elle leur avait donné une brouette qu'elle avait vite préféré pousser elle-même, tant ils étaient empruntés. Avec eux, la nuit venue, elle avait traversé la Meurthe à la nage, elle en avait encore repêché un qui avait manqué se noyer et s'était faufilée jusqu'à nous, les prenant par la main dans les joncs et les pièges.

 

(...)

 

 

Le 12ème Cuirassiers pénètre le premier dans Baccarat, fonce sur le pont qu'il prend intact. Le char de tête ayant cependant pris la sage décision de couper net en deux l'officier de génie allemand qui s'affairait autour des puissantes torpilles qui devaient faire sauter l'ouvrage. Et c'est dans la cristallerie épargnée par la victoire rapide du Général Leclerc que se sable le champagne de la victoire qui nous est offert dans les coupes gravées aux armes du Maréchal Goering, que le Directeur de cette cristallerie tient toujours d'ailleurs à sa disposition.

 

(...)

 

Du 16 au 20 novembre, les Américains attaquent. Lente mais très sûre, la progression s'accentue et les villages tombent. Spectacle douloureux que notre Lorraine en ruines, déserte, sous la pluie et dans cette boue qui n'en finit pas.

 

Notre mission est de relever les troupes américaines dès que la rupture du front sera faite, de les dépasser de toute la vitesse de nos moteurs, le moment venu de l'exploitation, pour engouffrer dans les lignes arrières de l'ennemi une quantité maxima de chars, de véhicules et d'hommes. Mission typique de cavalerie faite d'audace, d'initiative et d'enthousiasme.

 

L'infanterie américaine a fait une brèche dans le dispositif ennemi. Au fur et à mesure que la Division avance, la brèche s'agrandit. L'ennemi s'accroche désespérément. Il sait ce que lui coûtera son recul.

 

Blamont, Badonvilliers, la Sarre, Sarrebourg, Mittelbrown : la procession s'accentue. Il s'agit maintenant de gagner de vitesse. Les Allemands étonnés ne comprennent pas. Le nombre des prisonniers s'accroît. Ici, 3 cuirassiers endormis gardent 500 prisonniers. Là, dans un village que nous occupons depuis quelques heures et que l'ennemi croit encore tenir, les voitures allemandes viennent apporter le ravitaillement de leurs troupes.

Ailleurs, une jeep suivie d'une voiture civile entre, tous feux allumés, dans un village. Un officier prudent lui crie « Lumière » : 6 hommes en sortent bras levés : 6 Allemands stupéfaits, mais moins d'ailleurs que l'Officier français.

 

Partout le téléphone continue de fonctionner avec Strasbourg. Le Q.G. allemand transmet des ordres qui sont reçus par des gens de chez nous. Le désarroi est total.

 

(...)

 

 

Le 23 novembre, sous une pluie battante, à 07H15 du matin, les 3 groupements tactiques de la Division par 3 axes différents s'élancent vers la cathédrale de Strasbourg. À la vitesse maximum permise par les moteurs, bousculant et mitraillant tout sur leur passage, semant la panique dans les arrières ennemies, le 12ème Cuirassiers parcourt en 2 heures les 40 kms qui le séparent de la capitale de l'Alsace, entre Place Kléber à 09h30, dans une ville où tramways et véhicules semblent tout étonnés de se trouver nez à nez avec des chars français, dans une ville où les Officiers allemands au bras de leur épouses ou prenant confortablement leur bain, seront faits prisonniers sans avoir eu le temps d'échanger un coup de feu, dans une ville où tout à coup les 3 couleurs s'accrochent aux fenêtres de tous les immeubles, dans une ville qui s'éclaire, retrouvant en quelques secondes, malgré 5 ans d'occupation, la ferveur et l'affection que pas un jour elle n'avait cessé d'entretenir pour la Patrie.

 

En quelques heures, 3.000 prisonniers sont rassemblés sur la Place Kléber, gardés avec une certaine ironie par un char, un Officier et 3 hommes.

 

La Kommandantur se rend l'après-midi.

 

L'aumônier de la Division, le père Houchet, le missionnaire de Kindamba qui, depuis le Tchad n'a cessé de nous apporter sa rayonnante bonne humeur, sa camaraderie et son affection indulgente, est touché mortellement en ramassant son chauffeur blessé sous le feu.

 

Le 12ème Cuirassiers poursuit sa chevauchée et s'arrête devant le Pont de Kehl, où la résistance allemande s'est raffermie. Le premier char du Régiment, avant-garde de cette division blindée, est commandé par un jeune Alsacien au cœur ardent, évadé de France en 1942, qui a revendiqué l'honneur d'être le char d'avant-garde pour guider les 4.500 véhicules qui le suivent dans sa capitale. Il a revendiqué l'honneur d'y être tué à 2 pas de chez lui, face à l'Allemagne.

 

 

Et quand le Général Leclerc passe en revue ses troupes, tandis que s'élève pour la première fois depuis 5 ans, le drapeau de la France, le 12ème Cuirassiers a qui revenait l'honneur de voir flotter le premier son étendard sur les bords du Rhin, digne successeur des cuirassiers de l'Empire et de 1914, observait une minute de silence à la mémoire de leur jeune camarade qui personnifiait une charge qui restera désormais légendaire dans les plus belles pages de l'histoire de France.

 

À l’Étendard de la Division s'ajoutait une seconde palme que le Général de Gaulle venait lui-même d'accrocher quelques jours plus tard devant une foule enthousiaste, devant toute l'Alsace où nous avions eu l'honneur, au terme d'une marche épique, d'y ramener nos couleurs.

 

(...)


Ailleurs, dans un de ces petits villages coquets et propres aux couleurs riantes, une réception émouvante nous attendait ; 15 jeunes filles en tenue du pays firent fête au Colonel et aux Officiers de passage chez eux. Après une Marseillaise un peu fausse, le Maire revêtu de son écharpe nous accueillit sur les marches de la mairie. On sabla la victoire au vin du Rhin. Les jeunes filles chantèrent quelques cantiques français.

Le Colonel remercia et nous allions prendre congé quand une jeune femme, portant dans ses bras un enfant de 4 ans, s'avança vers le Colonel et lui demande de porter son fils afin que celui-ci se souvienne du libérateur de Strasbourg. En souriant, le Colonel accepta « Mon fils va vous remercier lui-même », lui dit-elle, dans un silence émouvant et douloureux, cet enfant récita son « Paster Noster » dans un français impeccable. « Nous n'avions pas le droit de parler français, c'est moi qui le lui aie appris » nous dit sa mère, pour qu'il le récite aux premiers Français qui viendraient nous libérer. En silence, nous avons quitté cette salle de la mairie, dans une émotion difficile à cacher.

 

Messieurs, que ceux qui croient avoir tant donné dans le domaine de la Résistance méditent le geste de cette mère alsacienne. Il est, je crois, l'un des plus beaux actes de foi en la France.

 

(...)

 

L'Allemagne

 

En 24 heures, oubliant la fatigue et la chaleur, oubliant la poussière et nos prisonniers allemands qui ne nous intéressent plus, les régiments se regroupent, foncent une fois de plus sur les routes – Nancy, Sarreguemines – traversant la Sarre, Kaiserlautern en ruines puis le Rhin entre Mannheim et Karlsruhe, filent à toute allure sur les routes allemandes près de Stuggart, près de Ulm, puis au sud de Munich. Jour et nuit dans une charge impitoyable, ne ménageant ni le matériel ni nos forces, nous avançons toujours. Il s'agit avant tout d'être présent au plus intense de la débâcle allemande. Il s'agit de poursuivre au plus près de la montagne bavaroise, refuge naturel, les dernières unités organisées.

 

L'affaissement général s'accentue. Les civils depuis longtemps sans réaction et qui pavoisent dans leurs villages de drapeaux blancs sont maintenant noyés dans la migration de leur armée. Celle-ci capitule sur place par paquets ou bien, incroyable mesure d'une administration qui croit au papier et au tampon se démobilise d'elle-même, renvoie ses hommes chez eux avec un certificat de bonne conduite.

 

Nous cueillons un nombre croissant de personnages importants : Généraux, Ministres, certains du proche entourage de Goering et qui, au cours d'interrogatoires désabusés, lèvent un coin du voile sur l'avant dernier acte de la tragédie de Berchtesgaden.

 

Nous apprenons que le 22 avril, s'est tenu là-bas, le dernier grand conseil des Nazis, celui qui a décidé et annoncé au monde qu'Hitler subirait le sort de Berlin.

 

Nous apprenons qu'après cette ultime séance, Hitlers'est retiré avec Himmler, Goebels, Keitel, Jodl et Doenitz. Il leur a demandé de partager son sort. Goebels, seul, a accepté sans murmure.
Keitel et Jodl se sont retirer avec hauteur, Himmler s'est défilé, Doenitz s'en tire avec une longue poignée de main, suivie d'un regard pathétique, puis les acteurs se sont retirés à tout jamais de la scène du monde.
Quelques jours plus tard arrive Goering, brandissant le fameux testament qui l'avait autrefois institué Dauphin – ce fameux testament dont nous trouverons quelques jours plus tard sur la table, l'enveloppe rageusement ouverte.

 

Goering n'a d'ailleurs que le temps de quitter Berchtesgaden, les premiers chars français et américains sont aux portes de la ville.

 

Après Paris, après Strasbourg, Berchtesgaden devenait leur objectif final. Nous devions être là-bas. Nous avons été là-bas.

 

(...)

 

 

Dachau

 

Pendant ce temps, les prisonniers des camps, en uniforme français, russes, yougoslaves, polonais, un accent de triomphe dans le regard, travailleurs des villes, déportés des camps de concentration aux cheveux ras, presque toujours gris même si le visage est jeune, passent au milieu d'un peuple vaincu qui joue l'innocence ; leurs silhouettes décharnées et livides portent de village en village le témoignage de leurs souffrances.

 

Leurs yeux fiévreux, leur regard lointain semblent nous interroger. Ils attendent de nous quelque chose. Avant de songer à leur joie, ils se font intérieurement un implacable et tragique bilan de leurs souffrances. Ce qu'ils attendent de nous, nous sommes allés, quelques uns et je crois les premiers officiers français – l'Abbé Perraut de Launay et moi-même – leur apporter au camp de Dachau, ce camp de la mort lente que les habitants du village nous offraient de nous faire visiter, tels des guides d'une organisation touristique et qu'ils nous désignaient avec une fierté sadique comme le plus grand camp de concentration du Reich.

 

Nous avons vu Dachau.

 

Dachau, c'est le camp de la résistance de toute l'Europe civilisée à l'oppression, à la barbarie criminelle, à la brutalité nazie.

 

Dachau, c'est le berceau SS de l'Allemagne Nazie.
Sanglante apothéose du crime, de la torture, de la souffrance, de la folie.
Dachau, c'est le camp de l'exil et de la mort.

 

Dans cette enceinte immense entourée de barbelés électrifiés et de mitrailleuses solidement accrochées aux miradors, vivaient, ou plutôt tentaient de vivre, des hommes et de enfants – des enfants de 10 à 15 ans, entassés dans des baraques aux paillasses infectes et repoussantes, des êtres aux yeux hagards – des êtres sans espoir.

 

Sur les registres de l'infirmerie, nous avons relevé 12000 décès entre le 1er janvier et le 15 avril 1945, morts du typhus, de la tuberculose, de la dysenterie, morts par la torture, morts par la folie.
Cette promiscuité de la mort est indicible – cette indifférence – cette insouciance devant les cadavres qui passaient, à qui on oubliait même de fermer les yeux, dépassent l'imagination des hommes.

 

Nous avons vu le four crématoire devant lequel s'entassaient plus de 1000 cadavres.

 

Nous avons vu la chambre à gaz où des vivants ont été engloutis par centaines.

 

Nous avons vu la vénerie où les chiens de garde étaient alimentés à la chair humaine.

 

Nous avons vu le poteau d'exécution où tant des nôtres furent fusillés.

 

Nous avons vu quelques rescapés de ce train de la mort qui mena les prisonniers de Compiègne à Munich en 27 jours, sans vivres, sans repos, entassés par groupes de 90 dans des wagons découverts.

 

(...)

 

Messieurs, l'épopée désormais légendaire qui fut celle de la Division Leclerc nous relie à toute l'histoire de France.

 

(...)

 

Nous sommes rentrés dans notre pays décidés à surmonter n'importe quel obstacle, fusse au mépris des principes raisonnables de la guerre. Nous avons été guidés par notre amour propre et par notre fierté de Français.

 

  • 1800 des nôtres jalonnent de Koufra à Tripoli, d'Alençon à Strasbourg, de Royan à Berchetsgaden, nos itinéraires de gloire et de deuil.

  • 1800 des nôtres, prenant part à notre victoire, nous ont légué cet émouvant message du souvenir et de l'action

  • 1800 des nôtres nous ont donné la plus grande preuve de leur abnégation, de l'effort, de l'esprit de sacrifice, de l'enthousiasme qui demain doivent subsister dans les combats pacifiques de la reconstruction française.

  • 1800 des nôtres exigent de nous l'union dans le travail et dans la discipline."

 

***

 

courrier de Roland Dorgelès

 

 

"Depuis que j'ai reçu votre appel j'ai bien commencé dix fois un texte qu'à la première page j'ai jeté au panier, mécontent de moi.


En effet sur un héros déjà légendaire tel que le Général Leclerc on n'a pas le droit de rien dire de banal, or que puis-je exprimer qui n'ait été déjà écrit ? Je ne connais de lui que ce que d'autres ont publié. Son nom, j'ai appris à le connaître durant les années noires par la radio de Londres – cette fenêtre nocturne ouverte sur l'espoir – et j'ai suivi frémissant, sur la carte, sa fabuleuse randonnée. Je sais quels noms de victoire ont jalonné sa route. Un jour, la radio redevenue française m'a appris qu'à la tête de ses blindés il venait de délivrer Paris. Mais, retiré dans les Pyrénées, je n'ai pas connu la griserie de cette libération et ne puis même pas apporter le témoignage du Parisien à son libérateur.

Alors faire de la littérature, dresser une couronne de phrases pour celui que l'Histoire a déjà couronné ? Non, cela n'ajouterait rien au monument de ce héros et je serais humilié de lui apporter si peu."

 

 

 

 

 

 

La France des patriotes - récits de guerre - 2ème DB // De Koufra à Dachau
La France des patriotes - récits de guerre - 2ème DB // De Koufra à Dachau
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Published by agnès lambert ; romancière, nouvelliste - dans 2ème DB général Leclerc guerre Dachau nazis
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